Le défi de Nafi

       Ce Jour-là, alors que nous revenions de l’école, mes amies et moi, il eut un vent à décorner les bœufs. Les habitants dont les maisons étaient coiffées de pailles  pouvaient dire au revoir à leurs toits, car le vent les emportait avec une aisance étrange. On assistait à une ambiance fougueuse de la poussière qui se manifestait par des tourbillons. Les gens crièrent de partout et coururent dans tous les sens. Mes amies et moi, nous nous dispersâmes chacune de son coté.   Dans ma petite robe d’école, je sentais la terre se dérober sous mes pieds, pourtant intrépides.  Prise de panique, je courus comme un lapin pour me calfeutrer quelque part. Quelques minutes plus tard, l’on assistait aux premières grosses gouttes de pluie qui chutaient depuis la haut. Ensuite, une pluie torrentielle  s’abattit sur le village pendant une demie heure. Nous étions au vendredi soir et c’était les congés de pâques. Lorsque la pluie cessa, je sortis de ma cachette pour continuer mon chemin. Tous les caniveaux du village étaient immaculés de leurs immondes ordures. Il faisait beau et le ciel, limpide, souriait de tout éclat. D’ailleurs, ne dit-on pas qu’après la pluie, le beau temps ?  Mais, sous nos tropiques, nous avons souvent des superstitions et des interprétations que nous accordons aux évènements ou aux phénomènes naturels. Cette pluie ! N’était-ce pas un signe en rapport avec quelque chose ?  Me demandai-je, toute gaie ! Même si je grélottais un peu du froid d’après pluie. Quand je franchis le seuil de notre modeste cour, j’entendis la voix de Yaaba, ma grand-mère. N’avais-je pas dit que la pluie annonçait un signe ? La dernière fois qu’elle était venue nous voir, j’avais 4 ans et je n’allais pas encore à l’école. Maintenant, j’en avais 11 et j’étais au CM2. Très heureuse de la revoir, j’accourus me jeter dans ses bras malgré son état de décrépitude.  Elle m’embrassa et me serra durement contre elle, tout en me cajolant et me disant que j’ai grandi.  La chaleur d’un amour indescriptible, sinon d’une joie avait atteint son niveau de paroxysme. J’aimais la mère de ma mère tel que j’aime ma mère. Elle me narrait souvent des histoires de notre famille, notre origine etc. et aussi des historiettes rocambolesques qui me laissaient parfois à mon imagination. C’était une vraie historienne chevronnée, bien que n’ayant pas fait d’études. J’aimais l’écouter parler et j’aimais la bombarder de questions auxquelles, elle prenait plaisir à répondre. Et moi, je m’en délectais. Curieuse, j’étais !  Après quelques jours de séjour de mémé, un soir, mon père me confia :

-Nafi, demain, tu iras avec ta mère et ta grand-mère à Kodougou, le village voisin.

-D’accord papa !  Mais qu’est-ce que nous allons y faire ? Demandai-je, toute surexcitée. ?

-T’inquiète ma fille !  Tu le sauras une fois que vous y serez. C’est une affaire de grande personne mais tu devras les y accompagner.

-D’accord père ! J’ai compris.

Comme m’avait dit mon père, le lendemain, ma mère, ma grand-mère et moi, nous nous rendîmes dans le village voisin qui était à un 1 km du nôtre. Sur le chemin, je harcelais ma mère et sa mère de questions mais, celles-ci me répondaient en parabole. Plus nous avancions, plus je me sentais bizarre. Je me disais que quelque chose se mijotait en complicité contre moi. Mais, tout de même, ce sont mes parents. Alors, que m’en voudraient-ils de mal ? Une fois dans le village, nous nous dirigeâmes vers une case excentrée du  village. Nous y entrâmes et trouvâmes deux femmes dont la senescence de l’organisme démontrait qu’elles ont visiblement vécu. Mon corps frissonnait et j’étais prise de frayeur. Et ma mère l’ayant senti en me regardant, me dit, pendant que grand-mère confabulait avec les deux femmes :

-Ma fille ! Tu sais, nous avons nos coutumes et nos traditions que nous nous devons absolument de respecter. Il y va de notre culture. Tu es entrain de devenir femme et il est temps qu’on le fasse plutôt afin que tu sois épargnée des malédictions irréversibles. On ne peut pas lutter contre ça de peur d’être renié(e)  et se retrouver sans famille. J’ai aussi subi cela et c’est maintenant ton tour.   Il est temps qu’on t’excise.
En écoutant ma mère, j’avais l’impression d’être dans un cauchemar. Un autre monde !  J’étais floutée et confuse. Je ne comprenais rien du tout !  M’exciser ? A notre époque-là ?

-Non maman !  Je ne veux pas. Qu’est-ce que cela signifie maman ? Lui ai-je demandée violemment.

-Ne t’en fais pas ma fille. N’aies pas peur ! Tu verras que ça se passera facilement. Répondit-elle, un peu triste.

Ma mère est illettrée indépendamment de sa volonté comme beaucoup de villageoises qui pataugent encore dans l’obscurantisme. Mais, je ne lui en voulais pas car, elle n’avait certainement pas eu la chance d’être scolarisée. Je l’aimais tel. Avant d’ouvrir à nouveau la bouche pour répondre à ma mère, j’étais prise en cadenas et immobilisée nettement par ma mère, ma grand-mère et l’une des femmes. Pendant que j’essayais de me débattre, l’autre femme m’ôta déjà mon dessous et écarta mes jambes grâce au soutien des autres. J’ai senti le tranchant d’un couteau bien aiguisé sectionner quelque chose dans mon jardin d’Eden et le sang giclait comme si l’on avait égorgé un poulet. Je ressentis une douleur tellement atroce que je criai de toutes mes forces avant de me rendre compte que mes yeux étaient devenus une rivière ruisselante. C’était le pire moment de ma vie que je regrettai toute ma vie.  Quelques années plus tard, devenue femme, il fallait que je goutte aux délices de l’amour, sinon à la sexualité. Et cette nuit-là, avec mon homme, pour la première de ma vie, lorsque nous commencions, je ne ressentais rien alors qu’il parcourait poétiquement mon corps svelte, de fond en comble avec une folle maitrise de cet art, jusqu’à là conjugaison de nos bouts d’Homme. Mais, je ne ressentis toujours rien jusqu’à la conclusion. Néanmoins,  je fis  semblant de minauder pendant qu’il se fondait en moi tel du fluor exposé à la face du soleil pour l’encourager à trouver bénéfice à ses dépenses d’énergie. Et ce fut toujours ainsi. C’est là que je me rendis compte que l’on m’avait extirpée de mon jardin d’Eden, la plus belle fleur qui lui donnait toute sa vitalité, tout son éclat, son charme et toute sa beauté… Cependant, même si, cette pratique ignoble ne m’a guère empêchée d’avoir des enfants avec mon homme, elle reste toute de même à combattre voire à proscrire de notre société. Et c’est tout mon défi et toute ma dévotion…

Auteur : Michel Alihonou, In « Les larmes de Nafi et le défi » Texte protégé.

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