Mon avis sur le concept  » Ivoirien D’abord.

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Cette image d’illustration a été prise sur facebook.
     Depuis un temps, juste après les élections municipales en Côte d’Ivoire, nous assistons à un certain concept dénommé Ivoirien D’abord (ID) qui pilule les réseaux sociaux et principalement facebook. Eu égard à cela, certains cyber-activistes et plusieurs internautes se sont prononcés sur la question qui, a priori semble être liée à l’identité ivoirienne. Au nombre de ces interventions figurait celle publiée par le président de la Ligue panafricaine pour l’éveil des consciences (LIPEC) sur sa page facebook. C’est suite à sa riche contribution sur cette problématique que j’ai décidé d’apporter mon commentaire que j’ai  déporté sur mon blog ici. Concernant son message, c’est un appel à la réflexion mature qu’il lance à l’endroit des concepteurs de l’ID afin qu’ils puissent éclaircir leurs intentions. 
       Alors, à l’entame, j’aimerais saluer cet appel à la réflexion scientifique ou objective qui oblige à poser de très bonnes questions au-delà de toute passion ou émotion de sorte à bien analyser et comprendre les choses. Bien évidemment, la question de la nationalité en Côte d’Ivoire soulève toujours un épineux débat et seul Dieu sait ce que cela a causé dans ce pays à un moment donné. La question n’est donc pas de trouver des concepts aux intentions inavouées mais de mesurer et d’analyser les contours et pourtours de ce qu’on souhaite véritablement démontrer, exprimer ou faire prévaloir. Cela dit, demandons-nous, qui est étranger en Côte d’Ivoire ? Et qui est Ivoirien ? Que dit la loi ivoirienne sur le code de la nationalité ? Le problème se trouve-t-il au niveau de l’étranger vrai qui circule avec sa carte d’identité consulaire et qui est reconnu par son ambassade et donc son pays ? Ou au niveau des ivoiriens eux-mêmes (ivoiriens de père et de mère, d’un parent ou par naturalisation ?). Que dit la loi ivoirienne sur l’adhésion à un parti politique ? Que dit la loi concernant les critères de candidature à certaines élections ? Parce qu’il ne faut pas tout confondre dans un débat. Il faut clarifier les choses pour éviter les ambiguïtés.
    Cela dit, je doute fortement qu’on puisse trouver un étranger comme précisé plus haut, dans les affaires publiques de la Côte d’Ivoire. Ça, j’ai besoin qu’on me donne une preuve pour cela. Ou bien montrez-moi un seul étranger ayant sa carte consulaire et qui travaille dans la fonction publique ivoirienne ou dans certaines institutions propres aux nationaux si ce n’est un Consultant. D’ailleurs, allez-y à l’Université et demandez combien paient les étrangers en terme d’inscription, ils paient le triple et même presque le quadruple de ce que paient les ivoiriens. Se plaignent-ils pour cela ? Non ! Car c’est ce qui semble juste et normal.
     Aussi, en Côte d’Ivoire, montrez-moi un concours national où c’est permis à un étranger de postuler. Non, on n’en trouvera pas. Et même, pour ceux (les étrangers) qui travaillent dans la légalité, qui ont des entreprises déclarées, allez-y leur demander ce qu’ils payent comme taxe à l’État. Même quand une entreprise privée digne de ce nom, embauche un étranger en CI, il y a des taxes qui lui sont prélevées pour cela. Et c’est normal car, c’est d’abord l’Ivoirien ! Je crois que c’est comme cela partout dans le monde. Et ce n’est absolument pas de la xénophobie. En dehors de cela, vous ne verrez que les étrangers dans le privé et surtout dans l’informel et la débrouillardise (commerce, chauffeurs, petits métiers, plantation, etc.) sans se mêler à la vie politique ni empêcher un Ivoirien d’exercer ces mêmes activités qu’eux en terme de concurrence. Ces activités qui impactent positivement d’ailleurs, l’économie du pays. C’est ainsi parce que c’est la loi ivoirienne qui autorise cela. Et aucune loi en CI, à ma connaissance ne donne plus de droit à un Étranger plus qu’un ivoirien. Quand un litige survient entre un ivoirien et un étranger, c’est selon les lois que l’affaire se tranche. Si l’Ivoirien a raison il gagne le procès et vice-versa. Donc arrêtons parfois de dire que les étrangers constituent une menace pour l’emploi ici. Bien au contraire, certains contribuent valablement à la réduction du chômage. La politique ivoirienne d’intégration est la plus salutaire qui soit dans la sous-région. Donc il faut qu’on essaie de situer clairement les choses pour éviter les débats puérils.
     Maintenant, si ce concept ID a pour cible les ivoiriens eux-mêmes et plus spécifiquement les ivoiriens d’un parent ou par naturalisation, alors là, c’est un autre challenge qui risquerait d’être difficile à relever. Car, cette question de nationalité relève de la loi ivoirienne. Donc, dire que X est étranger alors que la loi lui reconnait sa nationalité et qu’il a sa Carte Nationale d’Identité Ivoirienne lui donnant toutes les prérogatives d’un citoyen Ivoirien, ne serait-il pas une insulte et manque de respect pour son propre pays ? Et voilà bien ce qui créé des frustrations et amènent certains à dire que les ivoiriens sont xénophobes or ce n’est pas le cas. Je crois que le problème c’est quand certains se sentent ou se croient  plus ivoiriens et traitent les autres de moins ivoiriens ou ivoiriens de second rang, au lieu d’instaurer une cohésion durable et un beau climat social entre nous-mêmes. Alors, il faudrait que les concepteurs de l’ID définissent clairement le contenu de leur proposition en identifiant clairement les cibles, les objectifs, les enjeux et les moyens de parvenir à sa concrétisation. On devrait même finir avec cette histoire en se résumant au fait que, si la loi reconnaît que tu es Ivoirien(ne), c’est TOUT et SUFFISANT, peu importe le reste. Au pire des cas, c’est le code sur la nationalité qui mérite d’être révisée pour trancher. Seul Dieu sait le nombre d’ivoiriens ayant un seul parent ivoirien et le nombre d’enfants d’immigrés devenus ivoiriens. Alors dire qu’ils ne sont pas ivoiriens en tant que tel ? L’histoire est têtue. Le monde nous regarde ! Sachons faire la part des choses.
     Enfin, ayons l’outrecuidance de le dire, aucun étranger n’ira chez lui avec ses constructions réalisées ou biens acquis ici. Par exemple, le fondateur du grand Groupe LOKO est décédé, il a été enseveli chez lui au Bénin mais ses Écoles sont restées en CI et continuent de former des milliers d’étudiants et d’employer des milliers de personnes et on n’a vu aucun béninois réclamer quoi que ce soit à ce propos car ce sont des propriétés de la CI bien qu’elles soient construites par un non ivoirien. Donc sachons faire la part des choses. Que Dieu bénisse ce beau pays ! Merci à LIPEC pour ce noble combat !

                         Par Michel M. ALIHONOU